À Bandol, le mot « calanque » prête à confusion, et cette confusion gâche parfois de belles journées. Beaucoup de visiteurs imaginent les falaises blanches d'En-Vau à portée de moteur, avant de comprendre que ces calanques-là, celles de Cassis, sont à plusieurs heures de mer. La bonne nouvelle, c'est que la côte varoise cache ses propres calanques, plus discrètes mais tout aussi belles, et celles-ci sont accessibles en une poignée de milles depuis le port de Bandol.
Entre Bandol, Sanary, Le Brusc et le cap Sicié, la côte se plisse en criques rocheuses, en anses transparentes et en petits mouillages que la foule des plages ignore. Voici lesquelles viser, comment y accéder selon votre bateau et la météo, et comment enchaîner les plus belles sur une journée de votre séjour.
🪨 Deux familles de calanques à ne pas confondre
Premier réflexe avant de partir : savoir de quelles calanques on parle. Il y en a deux familles, et elles ne se jouent pas dans le même rayon d'action.
D'un côté, les calanques du Var, tout près de Bandol. Elles s'égrènent le long de la côte jusqu'au Brusc et au cap Sicié : criques rocheuses, petites anses de galets, fonds clairs. On les rejoint rapidement, sans traversée engagée, et elles conviennent même à un bateau modeste. C'est le terrain de jeu naturel d'une sortie au départ de Bandol.
De l'autre, les calanques de Cassis : Port-Miou, Port-Pin, En-Vau et leurs falaises calcaires spectaculaires. Superbes, mais bien plus à l'ouest, au-delà de La Ciotat. Depuis Bandol, la journée devient longue et n'a de sens qu'avec un bateau rapide, une météo stable et une vraie envie de naviguer. Nous détaillons tout cela dans le guide complet pour visiter Bandol en bateau.
🏝️ Les plus belles criques accessibles depuis Bandol
En sortant du port, cap à l'ouest le long de la côte. La première halte facile reste l'île de Bendor, à quelques minutes seulement du quai : ses abords offrent une eau claire et un mouillage abrité pour une première baignade, avant même de parler de calanques.

Plus loin, la côte de Six-Fours et du Brusc ouvre une série de criques plus sauvages, entrecoupées de pointes rocheuses. On y trouve des anses discrètes où poser l'ancre à l'écart de l'agitation, avec des fonds de sable et de roche parfaits pour le masque et le tuba. C'est là que la sortie prend des airs de crique privée, à dix minutes des plages bondées.
Au large du Brusc, l'archipel des Embiez prolonge naturellement la balade. Ses îlots préservés, ses eaux turquoise et ses petits mouillages en font l'un des plus beaux arrêts de la rade, accessible aussi bien depuis Bandol que depuis Sanary. On y passe volontiers le milieu de journée, ancre posée, avant de rentrer tranquillement.
Enfin, pour les marins plus aguerris, la découpe du cap Sicié marque la limite est d'une belle sortie. Ses eaux profondes et sa côte abrupte imposent le respect et une météo clémente, mais la récompense visuelle est à la hauteur du décor.
🐟 Sous l'eau : masque, tuba et fonds préservés
Une calanque ne se vit pas seulement depuis le pont. La vraie récompense est souvent sous la surface. Dans les criques du Var, l'eau garde une transparence remarquable dès qu'on s'éloigne des plages fréquentées, et un simple masque suffit pour découvrir un autre monde : herbiers de posidonie qui ondulent, girelles multicolores, sars et parfois un banc de saupes qui file entre les roches.

Les fonds rocheux, ponctués de tombants et de petites grottes, sont particulièrement riches près du Brusc et autour des Embiez. Emportez masque, tuba et une paire de chaussons : les meilleurs spots se méritent en se glissant à l'eau depuis le bateau, là où aucun nageur venu de la plage ne s'aventure.
Un mot de respect, aussi : la posidonie est une plante protégée, essentielle à la vie de la Méditerranée. On mouille sur les fonds de sable clair, jamais dans les herbiers, pour ne pas les abîmer avec l'ancre. C'est un réflexe simple qui préserve exactement ce qui rend ces criques si belles.
⚓ Où mouiller selon le vent du jour
Sur cette côte, le bon spot n'est jamais le même d'un jour à l'autre : tout dépend du vent. Le connaître, c'est la différence entre une baignade au calme et une journée à rouler dans le clapot.
Par mistral, ce vent de nord-ouest qui lève vite une mer courte, on cherche les anses orientées à l'est et au sud, à l'abri du souffle. Les criques adossées à la côte, sous le vent des pointes, restent alors étonnamment tranquilles pendant que le large moutonne. Par vent d'est, c'est l'inverse : on privilégie les mouillages tournés vers l'ouest, protégés de la houle qui remonte.
Ces arbitrages, un plaisancier expérimenté les fait d'instinct. Si vous débutez, ou si la météo hésite, c'est précisément là qu'un skipper local prend toute sa valeur : il sait vers quelle crique se replier pour garder l'eau plate et le mouillage sûr.
🧭 Deux itinéraires simples, selon le temps devant vous
Si vous avez une matinée, visez court et proche : départ du port, baignade aux abords de Bendor, puis cap sur une crique de Six-Fours pour le masque et tuba, avant de rentrer en longeant la côte. Trois à quatre heures suffisent pour goûter à l'essentiel sans se presser.
Pour une journée complète, poussez jusqu'aux Embiez. Matinée en criques le long de la côte, déjeuner au mouillage à l'abri d'un îlot, sieste et baignade quand le soleil est haut, puis retour au ralenti en fin d'après-midi, quand la lumière dore la rade. C'est le déroulé que préfèrent nos équipages, et de loin le plus dépaysant.
🗓️ Quand y aller pour éviter la foule
La côte varoise se découvre de mai à septembre, mais toutes les périodes ne se valent pas. Juin et septembre sont les mois d'or : l'eau est déjà, ou encore, à bonne température, la lumière est douce et les criques restent tranquilles. En plein cœur de juillet et août, les plus beaux mouillages se remplissent vite, surtout le week-end et en milieu de journée.
Le vrai secret tient moins au mois qu'à l'heure. Partez tôt, quand la mer est encore lisse et que les criques sont désertes. Vous profiterez d'un mouillage au calme le temps que les autres arrivent, et vous éviterez le vent thermique qui se lève souvent l'après-midi. Un départ à la fraîche change tout au confort de la journée.
⛵ Avec permis, sans permis : comment y accéder
Bonne nouvelle : la plupart de ces criques se méritent sans grande expérience. Si vous avez le permis, la location d'un voilier ou d'un catamaran en autonomie à Bandol vous laisse composer votre parcours librement, d'une crique à l'autre, à votre rythme.
Sans permis, la solution est la sortie avec skipper au départ de Bandol : sur un voilier ou un catamaran, le skipper pilote et vous ouvre l'accès à l'ensemble de la rade, mouillages compris, sans que vous ayez à toucher la barre. On détaille tout dans notre article pour louer un bateau sans permis à Bandol.
🧠 Le conseil du skipper
Ne courez pas après les calanques de Cassis depuis Bandol. La tentation est grande, mais la traversée mange la journée et l'aller-retour se fait souvent dans le vent de l'après-midi. Les calanques du Var, elles, sont là, à vingt minutes, et personne ne s'y bouscule. Partez tôt, ancrez avant midi dans la première jolie crique, et laissez les autres chercher au loin ce que vous avez déjà sous les yeux.





